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LOUISE PENNY En plein cœur

31 juil

C’est le deuxième roman que je lis de cette auteure (mais le premier à être paru en français), et je suis encore sous le charme.
Louise Penny, ancienne journaliste de la CBC, résidant aujourd’hui à Sutton, pittoresque village des Cantons-de-l’Est, nous livre un polar très réussi. Réussi, sur le plan du suspense, de l’enquête policière, des indices livrés au compte-goutte. Réussi aussi au plan de l’écriture, une écriture coulante, sans flafla, rigoureuse et maîtrisée. Réussi pour savoir mélanger aussi adroitement un humour fin et un ton grave. Réussi enfin au plan des personnages, magnifiques, et des descriptions, superbes.
Souvent, dans les romans policiers, les personnages sont un peu mis de côté pour laisser place au récit. Nous avons donc affaire à des personnages un peu plats, typés, sans surprise, sans substance – ou si peu. Pas avec Louise Penny. Ici, les personnages ont de la personnalité, sont imparfaits, riches, complexes, ont des défauts, des qualités. On reconnaît nos amis, notre famille, nous-mêmes. Et on les aime.
Mme Penny a également la touche pour décrire, toujours avec humour, les différences entre francophones et anglophones, et nous montrer comment ces deux cultures cohabitent dans le Québec du 21e siècle. Ceci ajoute, selon moi, une dimension très intéressante à ses romans, et à la littérature québécoise en général, qui mélange bien peu les deux peuples « fondateurs ».
À lire, pour les amants du genre policier, et pour les autres, aussi.

 

DECOUVERTE David Goudreault

31 juil

Lui aussi, je l’ai connu d’abord grâce à Sors de ta bulle. Il avait participé à un spectacle littéraire présenté pour les jeunes. Il fait aussi des ateliers dans les écoles secondaires, afin de faire découvrir le SLAM et la poésie aux élèves. Je l’ai aussi, comme des centaines de milliers de personnes, vu à Penelope McQuade.
David Goudreault est le champion du monde en titre dans sa discipline, le SLAM. C’est aussi un intervenant social au Cégep de Sherbrooke. Il participe à la vie artistique locale depuis quelques années déjà, et est une vedette en son patelin.
J’ai son disque, mais je l’ai également vu en spectacle, et si je vous conseille son album (Àpprofondire), je vous recommande surtout de le voir sur scène. Ses mots sont accrocheurs et intelligents, emplis de bonté et de bon sens, mais c’est sur scène qu’il rayonne. Il respire le bonheur, la lucidité, l’espoir. Il est profondément humain, et au-delà de l’amour des mots et de la poésie (qu’il possède et maîtrise), c’est un grand amour pour ses semblables que j’ai senti en l’écoutant. Vraiment, un artiste à part, mais un être à part, aussi.

 
 

MICHELE PLOMER Dragonville tome 1- Porcelaine

31 juil

J’ai connu cette auteure grâce à mon travail d’enseignante. Je participe depuis deux ans au concours littéraire Sors de ta bulle en tant que responsable d’élèves, et Michèle Plomer fait depuis ces deux années partie de l’équipe d’écrivains-conseil. Il faut tout d’abord dire qu’elle est magnifique et débordante d’énergie, sympathique, généreuse, et très soutenante pour le concours et pour les jeunes.
J’étais donc déjà à moitié conquise par l’auteure avant même de lire ces pages. Les critiques sur ce roman ont toutes été élogieuses, ce qui ajoutait à ma hâte de découvrir ce qui se cachait dans ce roman que je savais se situer entre la Chine et le Québec.
Je ne fus pas déçue. Michèle Plomer nous plonge au cœur d’un mystère se déroulant à la fois dans le Hong Kong colonial du début du 20e siècle et dans une petite ville qu’on pourrait très facilement associer au Magog qu’on connaît (et où l’auteure habite), cent ans plus tard. Il y a du mystère, de l’amour, un brin de magie, et une histoire captivante. Le tout raconté de main de maître, avec des personnages attachants, touchants, vrais, et une atmosphère propre à chacun des endroits visités. J’attends la suite avec impatience, mais pas avec cette impatience caractéristique des suites. En refermant le roman, on ne se sent pas trahi, comme c’est souvent le cas. Du mystère plane encore, mais pas simplement pour le plaisir de laisser le lecteur sur sa faim et de créer un suspense dans l’autre tome. J’ai l’impression qu’attendre cette suite sera la chose la plus naturelle du monde, et que je retrouverai Li, Sylvie et Lung avec le même plaisir que j’ai eu à les rencontrer.

 

RE-DECOUVERTE Crowfoot

31 juil

Voilà, on dirait bien que ce sera l’été du réchauffé. Pour la seconde fois (seulement? peut-être pas…), je ressers un plat hautement apprécié sur ces mêmes pages il y a quelque temps.
Cette fois-ci, il s’agit du groupe Crowfoot, un groupe de musique traditionnelle dont je m’avoue groupie. Je les ai vus 3 fois en spectacle l’été dernier, et je pourrais bien répéter cette année… Je les ai vus avec des amis cet après-midi, et comme l’an passé, la magie a opéré.
Crowfoot, c’est un flûtiste-accordéoniste, une violoniste-violoncelliste et un guitariste, qui chantent tous aussi le temps de quelques chansons. Ils font de la musique traditionnelle, principalement irlandaise, anglaise et américaine, mais en ajoutant des « sets » empruntés à de nombreuses cultures. C’est magnifique, rafraîchissant, parfois joyeux (on a juste envie de se lever et de pousser une petite gigue), parfois triste à pleurer (les ballades anglaises…).
Les trois musiciens sont d’un grand talent, professionnels, sympathiques et agréables. Ils aiment leur public, qui le leur rend bien, et semblent prendre plaisir à être sur scène. C’est recherché et jamais redondant. J’adore!
En plus, ils seront en spectacle les deux prochains week-ends, soit le 7 août et le 14 août, à la Musiquetterie au Marché de la Gare de Sherbrooke et au Festival des traditions du monde, toujours à Sherbrooke. Ces spectacles sont gratuits et extérieurs, et leurs disques sont toujours en vente (et sont excellents!).

 

MARINA LEWYCKA Adhésifs dans le monde moderne

19 juil

Lire cette auteure est un grand bonheur. Encore une fois, Marina Lewycka, qui m’avait charmée avec ses deux précédents opus, Une brève histoire du tracteur en Ukraine et Deux caravanes, frappe dans le mille.
Adhésifs dans le monde moderne, c’est l’histoire de Georgie, que son mari vient de quitter. Elle peine à s’en remettre lorsqu’elle rencontre Mrs Shapiro, une vieille dame juive excentrique qui habite Canaan House (Canaan est la terre sainte où Dieu a reconduit le peuple juif après avoir scellé l’alliance avec Abraham… détail important, l’histoire des habitants prend un tout autre sens quand on pense à la grande Histoire). Divers personnages viendront se greffer aux aventures de Georgie et Mrs Shapiro : des chats un peu particuliers, un homme à tout faire-hamster, des incapables rénovateurs, des agents immobiliers un peu véreux, des assistantes sociales blasées…
Les personnages sont fabuleux, hauts en couleur, attachants. Encore une fois, Marina Lewicka réussit à faire passer un propos sérieux, parfois très sombre (il est question ici de la cohabitation des Palestiniens et des Juifs en Israël, de la fuite des Juifs d’Europe durant la Seconde guerre mondiale, de la peur de fin du monde d’un adolescent troublé, d’une rupture amoureuse difficile, entre autres) en utilisant un humour raffiné et une plume assurée. Rien n’est laissé au hasard; les noms de lieux, de personnages, les liens qui se créent, tout est pensé, tout a un sens. Les rencontres entre les personnages sont agrémentées par des extraits d’articles que Georgie corrige pour le mensuel Adhésifs dans un monde moderne, et l’univers de la colle devient une métaphore intéressante à la vie en société.
C’est magnifique et ça se dévore. Aucun lecteur accompli ne devrait terminer son été sans avoir lu ce bouquin formidable!

 

RE-DECOUVERTE Kim Churchill

18 juil

Ces derniers jours avait lieu à Sherbrooke la Fête du Lac des Nations. La programmation proposait plusieurs spectacles très intéressants, dont Roch Voisine, Collective Soul, Vincent Vallières,…
J’ai assisté à plusieurs de ces événements. J’ai beaucoup aimé Les trois accords, que je connaissais peu et qui ont une énergie contagieuse. Collective Soul m’a fait danser, et le country-folk tout gentil de Roch Voisine m’a mise de bonne humeur.
Mon coup de cœur (un vrai : mon cœur battait réellement plus rapidement) va toutefois à Kim Churchill, jeune prodige de la guitare qui jouait sur une toute petit scène, le dernier jour de la fête.
C’était le spectacle auquel j’avais le plus hâte d’assister dans toute la panoplie d’artistes beaucoup plus populaires qui se produisaient sur les différentes scènes. Je ne fus pas déçue; je pense que j’aurais pu mourir sur place, je serais morte heureuse (L’extase de Sainte-Thérèse, live, à Sherbrooke…).
Kim Churchill sillonne son Australie natale depuis 2 bonnes années, faisant la tournée des pubs, acquérant une expérience et un bagage de vie solides. Le monde l’a récemment découvert, et pour ma part, l’histoire d’amour ne fait que commencer.
Ce jeune homme a une présence incroyable sur scène. Il est SEUL, et on dirait un orchestre. Il joue de la guitare avec une passion que j’ai rarement vue, et un talent qu’on dirait inné. Pour ne rien gâcher, il a une voix caressante et solide, une gueule de surfeur insouciant et un humour fin, le tout agrémenté d’un accent à tailler au couteau. Il est tout jeune et dégage une assurance, une maturité qu’on associerait à quelqu’un de bien plus vieux, et sa jeune vingtaine apporte à ses propos parfois sombres une fraîcheur et un optimisme charmants.
En plus, il est humble, professionnel, et se promène pieds nus – petit détail charmant qui ne fait qu’ajouter à l’aura qui l’entoure.
Je suis amoureuse, je crois bien.

 

HUMEURS Les pestacles

17 juil

J’adore aller voir des spectacles. Je suis un excellent public, je suis polyvalente, j’aime tout, j’embarque, je tape des mains, je chante (faux) en choeur, je sais me taire aussi, fermer les yeux, absorber. Et chaque fois, une petite boule se forme dans ma gorge, alors que pourtant je suis heureuse, que je vis de beaux instants. L’émotion me submerge toujours à un moment ou à un autre du spectacle, que je sois à un concert classique ou en train d’écouter un groupe rock.
C’est comme si les notes pénétraient dans mon corps, trouvaient les petites zones sensibles, pourtant bien dissimulées, ces petits coins sombres ou lumineux que je garde enfouis.
Et puis, j’ai souvent l’impression que les chanteurs s’adressent directement à moi… non, pas de cette façon obsédée de petite fille qui s’imagine que le chanteur va l’épouser, mais plutôt que les mots me rejoignent, disent ce que je ressens – et surtout ce que je ne savais pas que je ressentais.
C’est sûrement pour ça que ces gens sont des artistes : parce qu’ils savent lire la nature humaine, mettre des mots dessus, et faire remonter à la surface ce qui se cache sous l’eau trouble que forme la carapace que chacun se forge.

 
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HUMEURS Un p’tit dimanche matin

17 juil

J’aime bien les dimanches. C’est la journée tranquille, la journée qui m’ennuyait quand j’étais enfant. Maintenant, ça me plaît de prendre mon temps et de n’avoir rien d’édifiant à faire.
Tout à l’heure, je m’imaginais raconter mon avant-midi à quelqu’un. « Ben, je me suis levée, pis j’ai lu une heure dans mon lit, pis j’ai déjeuné, encore dans mon lit – je sais ça fait des graines, et je sais c’est un luxe de couple et je suis toute seule, mais j’aime ça pareil – pis je me suis habillée avec du linge mou, pis j’ai marché jusqu’à la bibliothèque chercher des disques et des films – je vais enfin pouvoir écouter Annie Hall et Manhattan. Ah oui, je suis aussi arrêtée à la pharmacie pour acheter une brosse à dents. Coup de chance : il y avait un rabais. »
Force est de constater que ce n’est pas un avant-midi très… excitant. Même moi, je me suis ennuyée à me le raconter.
Et c’est ce qui me plaît. Ne rien faire de gros, ne rien faire de « racontable », flâner et réfléchir, laisser mon esprit errer, sans qu’il sente le besoin de se fixer sur une idée intelligente. Ne pas parler.
Je n’ai pas sauvé des vies ce matin. Je n’ai pas réconforté de personne seule. Je n’ai rendu service à personne. Je n’ai pas trouvé une idée géniale. Ni inventé un remède contre le cancer.
Quelle belle journée.
(Ben quoi… je suis sûre que même Superman prend ça cool le dimanche.)

 
 

HUMEUR Un projet de vie

15 juil

Chaque été, avec deux amies, nous rédigeons une « To Do List » de petits projets à réaliser durant les vacances, cette liste s’ajoutant à toutes celles que je me crée moi-même, en grande fan des « To Do List » (je m’excuse les filles de dévoiler ainsi au grand public à la fois nos habitudes et nos ambitions estivales, j’espère que cette indiscrétion me sera pardonnée).
Sur cette liste se trouvent des items aussi futiles que « Prendre une douche froide » ou « Boire un RedBull ». Il y a aussi des sorties agréables, à faire ensemble ou seules, et des points plus importants, profonds (oui, ça nous arrive de creuser des sujets sérieux).
Cette année, j’ai fait ajouter « Me trouver un projet de vie ». Parfois, comme c’est le cas pour cette idée, tout le monde n’est pas concerné. Trouver un projet de vie, c’est pour moi; les filles trouvaient qu’elles savaient où elles allaient, et qu’en plus, c’est un projet ambitieux pour un seul été.
Elles ont bien raison. Se trouver un projet de vie, c’en est un, de projet, et ça prend parfois toute une vie pour le trouver…
Quoi qu’il en soit, je tente de réfléchir un peu. J’ai besoin d’un objectif, de savoir où je vais ainsi, d’être utile, de contribuer – à quoi, je ne sais pas trop. J’ai besoin de savoir que mon nombril n’est pas le centre du monde, ni même du mien. Que je participe à quelque chose de plus grand. Prétentieux? Peut-être. Angoissant? Tellement!
En attendant, je suis dans le néant. J’avais déjà un peu abandonné l’idée « être en amour-trouver un foyer – faire des bébés », parce qu’être en amour, ça se fait à deux, et que l’Homme se fait encore attendre, et puis je sentais confusément que j’avais besoin d’autre chose (sans oublier ce projet, parce que, dites-moi que c’est l’instinct et l’horloge biologique, mais je sens au plus profond de moi que j’aurai des enfants), que ce n’était pas tout. Que le bonheur et l’accomplissement, ça ne vient pas seulement des autres. Et que ce projet est noble et essentiel, mais n’existe pas seul.
Je m’étais concentrée un peu sur mes ambitions professionnelles, mais après de nombreuses remises en question et une déception, je suis un peu ramollie de ce côté aussi.
Alors, quoi? Je cherche, mais je ne sais pas par où commencer. Me connaître? Comment? Je suis en remise en question perpétuelle, et j’ai toujours l’impression de ne pas savoir vraiment qui je suis, ce que je veux, ou je vais comme ça, et je me sens souvent comme un paradoxe sur deux pattes. C’est bien, les remises en question, c’est sain, mais est-ce qu’on se pose, un jour? Le pire, c’est que je ne suis même pas sûre de vouloir me poser, j’ai besoin de nouveauté, besoin que ça bouge, besoin d’aspirer à plus, à mieux, à différent.
Bref, quand je songe à « projet de vie », ça fait biiiiiiiipppppp dans ma tête, comme un électro-cardiogramme qui annoncerait la mort d’un patient dans Grey’s Anatomy. Et c’est bien triste, mais le Dr Shepphard et sa chevelure parfaite n’est pas là pour me réanimer. Il faudra bien que je me débrouille toute seule.

 
 

MYLÈNE GILBERT-DUMAS L’escapade sans retour de Sophie Parent

15 juil

On me l’avait présenté comme un Mange, prie, aime québécois. On m’en avait du bien, mais on avait ajouté que c’était un peu cliché, un peu déjà vu, un peu rapide comme développement d’intrigue.
Tout cela était un peu vrai.
C’est dans la veine de Mange, prie, aime, pour l’idée du renouveau, du développement personnel, de la découverte intérieure. C’est intéressant, ça se lit bien, on s’attache au personnage principal, c’est joli. C’est cliché – mais j’aime bien les clichés. Et oui, le dénouement arrive un peu rapidement (je doute qu’en l’espace de huit mois, une femme puisse vraiment quitter boulot, maison, mari et enfants, se faire voler ses papiers, travailler illégalement aux Etats-Unis, se ressourcer en campagne auprès d’une femme qu’elle ne connaissait pas, acheter une maison, et changer aussi radicalement sa vie – j’en suis essoufflée à seulement le résumer), ça ne réinvente rien et c’est dans l’air du temps, les histoires de femmes qui se retrouvent sont à la mode.
Mais.
Mais c’est bien écrit, c’est agréable et c’est une très bonne lecture estivale. J’ai eu envie en refermant le livre de tout quitter pour ME recommencer et de m’acheter une maison en campagne pour y cultiver mes légumes et vivre en autarcie. Le roman, parce que c’est un roman justement et que c’est sa fonction première, fait rêver, mais la logique en moi sait très bien que je suis nulle pour cultiver un potager et que les hommes de la campagne ne sont pas toujours aussi séduisants que ceux du livre, et que si la vie en campagne ne manque pas de charme, elle n’est pas parfaite non plus. Sans oublier le fait que se connaître est un travail de longue haleine, et que j’aime bien ma vie, et que je ne l’abandonnerais pas pour repartir du début. Mais je rêve, et Sophie Parent m’inspire un peu, quand même. Et nous donne un petit coup de pied au derrière, nous enjoignant de ne pas s’enfoncer dans des habitudes confortables, mais qui ne nous ressemblent pas. En refermant le livre, on a surtout une grande envie : être heureux. Et ça, c’est bien.